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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 12:53

Oui oui, la langue française a évolué autrefois d'une façon bizarre parfois. Il y a des mots dont on se passerait bien. On a catégorisé, décortiqué, crée, pour que le sens soit le plus précis possible. Les mots servent à exprimer la réalité. Mettre des mots sur ce que l'on voit, ce que l'on pense, ce que l'on ressent. Se dire grâce aux mots. Sans les mots, la conscience d'être humain serait balayée d'un coup sec. Je prêche une convaincue.


Homo, hétéro, bi. Voilà les préfixes coupables ! Effacez-les : il reste : sexualité. Pratique naturelle de tout être vivant pour procréer et assouvir des pulsions inhérentes à la nature vivante.


Retour en arrière. J'ai longuement réfléchi à la question ces derniers temps, et aux objections des Anti-Tout (cf l'article Populus).


Dans l'Antiquité, la sexualité (humaine) entre partenaires de sexe différent n'avait qu'un but : assurer la survie de l'espèce. Le taux de mortalité est alors élevé, on ne vit pas vieux, les femmes meurent fréquemment en donnant la vie, le taux de mortalité infantile est lui aussi élevé. Conclusion : il faut procréer pour que l'espèce humaine perdure.


Le mariage est un contrat, en Grèce comme à Rome, où l'amour n'a pas sa place (et cela persistera de façon récurrente jusqu'au Xxème siècle. Le mariage d'amour n'est généralisé et devient la norme depuis seulement quelques dizaines d'années. Donc, les Grecs, les Romains, se marient, très facilement d'ailleurs, pour assurer leur lignée et leur statut social. Un citoyen grec offre sa citoyenneté à ses enfants légitimes. Le mariage, bien entendu, est un arrangement entre deux familles de même niveau social : on ne mélange pas les poules et les cochons ; le mariage s'apparente donc à un contrat pour permettre le maintien d'un statut, d'un pouvoir, d'une richesse.


Les Dieux n'ont pas grand-chose à voir avec le mariage. Le mariage est un acte civique, et même si l'on demande aux divinités leur protection, leur bénédiction pour les naissances futures, le mariage n'a rien de religieux : sa fonction est purement sociale.


Dans ces grandes cités antiques, toute personne vit dans un système entièrement tourné vers l'essor et le pouvoir de ce système. La famille est un point central : une Cité est une association, une addition de familles. La famille a dans le sang une soumission, un sens profond du devoir, envers la Cité. Le mariage est l'un des maillons du civisme antique.


On se marie donc très facilement. Les dieux ne sont pas gérants du mariage. De la même manière, on divorce aussi très facilement. Nombreux sont les citoyens à avoir successivement plusieurs femmes. Les raisons du divorce ne sont pas obligatoirement fondées : si l'on peut divorcer parce que l'épouse ne parvient pas à donner la vie (on ne se posait pas la question de savoir si c'était le mari qui était stérile...), on peut aussi divorcer simplement parce qu'on ne s'entend pas, on n'est pas la bonne chaussure au bon pied.


Simple accord entre deux partis, simples signatures sur un bout de papier, on s'accorde, se désaccorde, et ainsi de suite, sans problème.


Au sein du mariage, l'homme et la femme n'ont de rapport que dans l'objectif de procréer. En dehors du mariage, l'homosexualité masculine est largement répandue : les soldats qui partent à la conquête de territoires lointains pendant des années, les citoyens de la Cité... L'homosexualité est loin d'être bannie. Au contraire : elle est requise ! Comme le mariage, la sexualité des hommes entre eux a elle aussi une fonction sociale : elle est une forme de réconciliation, un moyen de trouver un compromis, une forme de dialogue avant la prise de décision, ou encore une preuve d'amitié et de confiance. Sans que la question se pose, la sexualité entre hommes est naturelle, normale. Il n'y a aucun tabou, on baise même les uns devant les autres, lors d'orgie gargantuesque. La femme est une matrice (nous pourrons revenir dans un autre article sur le statut de la femme grecque et romaine, pas joli joli), les hommes, chef de famille, de la Cité, preneur de décisions. La sexualité n'a pas la dimension intime que les religions monothéistes lui accorderont par la suite.


Si les hommes pratiquent ainsi, nous le savons grâce à de nombreux témoignages écrits qui ont résisté au temps et permis de connaître cette façon de vivre. La femme n'étant rien pour ainsi dire, aucun écrit véritable n'indique que les femmes ont pu elles aussi pratiquer l'homosexualité. Néanmoins, les deux sexes parqués chacun de leur côté, sur deux droites parallèles, ne se rencontrant que dans l'espoir de féconder, j'ai envie de penser que les femmes elles aussi, assouvissaient ensemble leurs désirs les plus élémentaires. Quand les chats s'en vont chasser ailleurs, les souris dansent.


Quelques siècles plus tard, les religions monothéistes émergent. La sexualité devient alors une histoire de couple, intime, confidentielle, et l'histoire d'un homme avec une femme. Nés d'Adam et Eve, et non plus du choc des Titans, il est temps d'adopter de bonnes moeurs. On se marie au nom de Dieu, Dieu nous bénit, nous impose fidélité et assistance, quels que soient les problèmes éventuellement rencontrés. L'amour est sacré, même si on ne se marie encore que rarement avec l'aimé-e. Le mariage est un lien sacré qui devant Dieu est inaltérable. Personne n'ose contredire la volonté divine, de peur de s'attirer la malchance, et le bûcher.


Fort heureusement, on ne chasse pas si vite le naturel : il reviendra plus vite au galop. Peu à peu, nos yeux se sont détournés de Dieu pour regarder l'Homme. La Renaissance, les Humanistes, le siècle des Lumières, les Romantiques, la naissance de la sociologie, de l'ethnologie, de toutes les sciences humaines en général, et puis l'apparition des droits de l'Homme – à qui l'on concède des droits ! L'Histoire est drôle tout de même quand on y réfléchit : il était nécessaire à l'Homme d'écrire qu'il a des droits ! - droits de l'Homme, de l'enfant, apparition du socialisme, des droits aussi pour les femmes, tiens, tout de même, il était temps ! Les humains deviennent le centre des préoccupations. Les humains s'occupent des humains.


Au XXème siècle, on ne s'arrête pas là, et encore moins au XXIème : les droits naturels et primaires des humains ont voulu être modifiés au profit d'une croyance érigée par des têtes bien pensantes pour nous inculquer les bonnes manières. De croyances en clichés, les humains sont en train de détricoter un mode de pensée avec lequel on a lavé leurs cerveaux pour l'érection de puissances religieuses.


Qu'on ne croie pas que je suis contre les religions : Dieu n'a écrit nulle part qu'il fallait faire la guerre aux pensées différentes, aux dites sorcières, aux bâtards, aux Noirs, aux Amérindiens, aux homos. Croire en Dieu ne s'apprend pas, rencontrer Dieu ne se prévoit pas. Il y autant de façon de célébrer Dieu qu'il y a d'humains. Si Dieu existe, il nous espère le bonheur, quel que soit ce qui nous rend heureux. Et les pratiques sexuelles, le libre choix de nos partenaires, l'épanouissement dans la relation amoureuse est l'un des principes fondateurs de ce bonheur.

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Published by pause café - dans C'est à la Une
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